Les femmes de notre paroisse sont de vraies commères


Les femmes de notre paroisse sont de vraies commères. Quand on est arrivé au début, je sentais des regards. Mon mari aussi, mais on a mis ça sur le compte de la curiosité face à de nouveaux venus. Au fil du temps, je sentais qu’il y avait autre chose: une sorte de réprobation silencieuse. Je ne savais quels mots mettre sur ce genre de regard.
Un dimanche, je suis entrée et je cherchais deux chaises vides contigües. La femme responsable du service d’accueil m’a montrée un siège vide sur le flan gauche. Le problème, c’est que je voulais m’asseoir près de mon mari donc j’ai refusé. Lui-même, qui venait d’apparaitre derrière moi, n’était pas d’accord.
-Axe, regarde à droite. Allons nous asseoir là bas!
Il m’a saisie par la main et nous nous sommes dirigés vers les places vides. La dame a eu une réaction étrange, un mélange d’animosité et d’exaspération. Le dimanche qui a suivi, une autre dame d’un certain âge que je voyais souvent lire à l’Oratoire m’a interceptée alors que je feuilletais des revues religieuses à l’entrée.
-Bonjour ma fille. Tu es nouvelle à la paroisse?
-bonjour madame. Oui.
-Tu t’appelles comment?
-Axelle (j’avais dit mon prénom car en ce temps-là, j’avais encore l’habitude d’utiliser mon nom de jeune fille).
-Tu as quel âge?
-24 ans.
-Tu sais, tu es notre fille… Euh… C’est pas bien de s’afficher avec…
Mon mari était apparu et m’avait tenu la main.
-Bonjour madame.
-Bonjour mon fils.
-Axe, je te cherchais.
La femme lui a lancé un regard sombre et a tourné les talons.
-Qu’est-ce qu’elle a??
-Je crois savoir, fit Andy avec un sourire en coin.
-Explique!
-Tu verras, tu verras.
Quelques semaines plus tard, j’ai enfin su ce qui se tramait. Devinez à travers qui: le curé en personne! On l’attendait devant son bureau pour lui parler. On était assis côte à côte, entrain de discuter quand le groupe des dames nous a lancé :
-les jeunes, ça va?
-Oui tatas, ça va. Et vous?
-Ça va. Vous savez, on a été jeunes nous aussi. Mais vous ne devriez pas vous afficher comme ça.
Je ne comprenais rien de rien. Mon mari, quant à lui, ricanait.
-ça te fait rire??
-Non, tantie.
-Les affaires de copain-copine là on peut faire mais en se cachant. Et pas à l’église quand même!
-Oui, ajouta une autre. Vous êtes nos enfants donc c’est juste une remarque.
Je comprenais tout! Le curé, qui avait entendu toute la conversation, s’est raclé la gorge.
-Hum! Hum! Hum!
-Ah! Bonsoir mon Père.
-Bonsoir mesdames. Vous avez raison dans le fond mais ne frustrez pas ces jeunes gens.
-Mon père on les conseille seulement. La fornication est un péché.
-ce sont nos enfants.
-Oui, mais ils sont venus me voir. Sûrement que c’est pour régulariser leur situation et se marier. C’est bien ça? Demanda-t-il en se tournant vers mon mari.
-Non, mon père. Nous voulons vous demander de venir bénir chez nous.
Les regards choqués des femmes du conseil paroissial, et du curé lui-même.
-En plus vous vivez ensemble??
-Oui mon père, dit mon mari d’un ton très calme. Nous sommes mari et femme.
Silence honteux dans le groupe. Certaines baissaient la tête, d’autres regardaient ailleurs. Le curé dit d’un ton radieux:
-Ah bon?? Ah c’est bien de se marier jeune! Suivez-moi dans mon bureau. Monsieur et madame?
-Lavri, mon père.
-Enchanté!
On a laissé les langues de vipère plantées là. Après ça, elles nous fichaient la paix quand on voulait s’asseoir ensemble ou quand on se tenait la main sur le chemin qui borde la paroisse. Et c’est vrai qu’elles me parlaient avec plus de respect et de déférence. Ça m’a appris une chose sur la mentalité africaine: on est trop carré dans la tête. On juge sur l’apparence, et on se mêle de ce qui ne nous regarde pas. Surtout, on accorde pas le respect qui leur ai dû aux gens qu’on ne connaît pas.
C’est aussi à ce moment-là que j’ai pleinement pris conscience de mon changement de statut. Je faisais encore référence à moi comme une « jeune fille ». Mais le « madame » a commencé à résonner dans ma tête, et j’ai compris que je n’étais plus une fille, un meuf, une go, mais une dame… La façon de parler, de marcher et de te présenter change. Tu passe du « bonjour, moi c’est Sabine » au « bonjour, je suis madame Fouda ».
C’est difficile à expliquer avec des mots mais ça fait tout bizzare. C’est comme un nouvelle dimension de ton existence.



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-Tu as quel âge?
-24 ans.
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-les jeunes, ça va?
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